Le gouvernement veut porter à 350 euros le reste à charge du CPF, sauf pour les formations jugées stratégiques et prioritaires. Pour Armand de Coussergues, président de l’Institut Supérieur de l’Environnement, exclure la transition écologique de ce périmètre serait un contresens : elle n’est pas une niche, mais un ensemble de métiers dont toute l’économie a besoin. 

Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de faire passer le reste à charge du compte personnel de formation de 150 à 350 euros. Seules y échapperaient les formations menant à des métiers en tension, à des secteurs stratégiques et prioritaires, ou bénéficiant d’un cofinancement. Le gouvernement cite la défense, le numérique, le médico-social. La transition écologique n’apparaît pas toujours dans la liste. 

L’objectif affiché est légitime. Recentrer le CPF sur de véritables projets professionnels, mettre fin aux usages opportunistes, vérifier que l’argent public sert l’emploi : je partage cette ambition. Mais elle impose de répondre clairement à une question simple. La transition écologique est-elle stratégique et prioritaire pour la France ? Si la réponse est oui, alors les formations qui y préparent doivent être reconnues comme telles. 

Des métiers concrets, partout dans l’économie 

On imagine trop souvent la transition écologique comme un secteur à part, réservé à quelques spécialistes. C’est l’inverse. Elle traverse toutes les filières, et elle repose sur des métiers très concrets. 

Ce sont les responsables environnement et les chefs de projet biodiversité. Ils réalisent les inventaires et les études d’impact sans lesquels aucun projet d’aménagement, d’infrastructure ou d’énergie renouvelable ne peut avancer. Ce sont les juristes et consultants en droit de l’environnement, qui sécurisent la conformité des entreprises face à une réglementation de plus en plus exigeante. 

Ce sont aussi les responsables qualité, santé, sécurité et environnement. Ils pilotent les risques industriels, protègent les salariés et encadrent les sites classés. Sans eux, pas de réindustrialisation durable. Ce sont enfin les managers RSE et transition écologique, qui portent le reporting de durabilité et les plans de décarbonation. 

Ces professionnels travaillent dans l’industrie, le BTP, l’énergie, les collectivités, la défense, la finance. Les écarter du périmètre prioritaire, c’est fragiliser des secteurs que le gouvernement juge lui-même stratégiques. 

Le niveau 6 et 7 n’est pas un luxe 

Un autre risque guette : celui de considérer qu’une formation de niveau Bac+3 à Bac+5 relève du confort plutôt que de la nécessité. Ce serait méconnaître la réalité de ces postes. 

Piloter une politique environnementale, conduire une étude d’impact ou faire vivre un système de management QHSE exige une expertise à la fois technique, juridique et managériale. Ces compétences ne s’acquièrent pas en quelques jours. Elles demandent des parcours certifiants, inscrits au Répertoire national des certifications professionnelles et construits avec les entreprises. À l’ISE sur la période 2024-2025, 94 % des apprenants ont validé leurs blocs de compétences et 79 % leur Executive Mastère. 

Les personnes qui mobilisent leur CPF pour ces formations ne cherchent pas un loisir. Ce sont souvent des professionnels en reconversion, avec un projet précis. Un ingénieur qui veut se tourner vers l’environnement, une cheffe de projet qui veut piloter la RSE de son entreprise, un technicien qui vise un poste de responsable QHSE. Leur faire payer davantage, c’est freiner exactement les reconversions que la planification écologique appelle de ses vœux. 

Trois propositions 

Première proposition : inscrire explicitement les métiers de la transition écologique parmi les secteurs stratégiques et prioritaires du nouveau dispositif. Biodiversité, droit de l’environnement, QHSE et RSE doivent y figurer en tant que tels. 

Deuxième proposition : juger la qualité d’un projet professionnel sur la certification visée et sur ses débouchés, pas sur le niveau de la formation. Une certification RNCP de niveau 7 menant à un métier identifié est un projet professionnel par définition. A l’ISE, le taux d’insertion professionnelle en formation continue se situe entre 67% et 76% pour 2024-2025. 

Troisième proposition : mobiliser les branches professionnelles et leurs opérateurs de compétences. Le dispositif prévoit que les formations cofinancées échappent à la majoration. Les OPCO peuvent abonder les CPF des salariés qui se forment aux métiers de l’environnement et du QHSE. C’est un levier immédiat, à la main des partenaires sociaux. 

Ne pas se tromper de cible 

La France s’est fixé des objectifs ambitieux de décarbonation, de préservation de la biodiversité et de réindustrialisation. Aucun ne sera atteint sans les compétences pour les mettre en œuvre. Ces compétences, il faut les former, et vite. 

Recentrer le CPF, oui. Exclure la transition écologique de ce qui est prioritaire, non. Ce serait faire des économies aujourd’hui sur les compétences dont nous aurons besoin demain. 

Armand de Coussergues est président-fondateur de l’Institut Supérieur de l’Environnement (ISE), école de la transition écologique fondée en 1993, société à mission.